des poèmes pour (presque) tous
les jours... (dernière MAJ déc 2006)
I |
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II |
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III |
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IV |
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V |
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VI |
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VII |
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VIII |
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IX |
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X |
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XI |
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XII |
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| Tout le monde
est prophète Mais il y a si longtemps qu'on a fait croire aux gens Qu'ils n'ont aucun avenir qu'ils sont ignorants à jamais Et idiots de naissance Qu'on en a pris son parti et que nul n'a même l'idée De se demander s'il connait l'avenir ou non Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918) |
L'homme
de bois se met à chanter,
(en japonais: Tozan Ryôkai; vers extraits |
| Les pierres ne sont
ni historiales ni historiques. Galets et cailloux travaillés par le fleuve du temps. Gravats d'une autre rive. Petites pierres sans forme définitive. Le vent les érode. Le courant les roule. Petites formes sans plus aucune aspérité et dont les veines étranges luisent sans cesse davantage. Petits signes complètement ininterprétables. Pascal QUIGNARD (1948) |
Or, ces murs aussi, simples murs de clôture ou de bornage, dont beaucoup ne doivent même pas être tellement anciens, me faisaient confusément penser à des monuments très antiques, fondations de forts ou de temples; leur beauté me demeurait elle aussi très mystérieuse, et je sais que si j'avais cherché plus longuement à la définir, j'en serais venu de nouveau à la rapprocher de pierres de sacrifices, et des dieux; comme si c'était ce que l'on doit inévitablement retrouver à la base; non seulement au commencement de notre histoire, mais dans les soubassements de nos pensées et de nos rêves. Philippe JACCOTTET (1899-1984) |
Celui qui ment si bien à l'homme qui va mourir Claude ROY (1915-1997) (Hôpital Marie Lannelongue, 7 juin 1983) |
9 janvier (2002
– mort de mon frère).
| Le faire-part
disait: "Daniel Ghysen nous a quittés, tout près
de la mer du Nord et de ses goélands". Une amie peintre
nous a écrit ce mot Chers amis Francine, Alain, Christine et les autres dont je me souviens ou que je n'ai pas connus Il ne fait pas très beau C'est l'hiver Seulement voilà au dessus des nuages il y a forcément du bleu des oiseaux bleus des ailes bleues des goélands... Et que sûrement là-bas Là haut très haut Daniel vole avec les oiseaux C'est peu et... et c'est beaucoup. Marie-Claire WODON (1940) |
10 janvier
Vous qui vivez qu'avez-vous fait de ces fortunes?
Regrettez-vous les temps ou je me débattais?
Avez-vous cultivé pour des moissons communes?
Avez-vous enrichi la ville où j'habitais?
Robert DESNOS (1900-1945)
Home, home,
All souls home,
Dead to the graveyard,
Living to the lamplight,
Old to the fireside,
Girls from the twilight,
Babe to the breast
And heart to its haven,
Lost ones home !
Kathleen RAINE (1908-2003)
Revenez, revenez,
Toutes les âmes, revenez,
Morts au cimetière,
Vivants vers les lampes,
Vieillards près du feu,
Filles loin du crépuscule,
Nouveau-né vers le sein
Et le coeur vers son havre,
Tous les perdus, revenez !
(trad. François-Xavier Jaujard)
13 janvier
Les rayons de la roue convergent au moyeu.
Ils convergent vers le vide.
Et c'est grâce à lui que le char avance.On pétrit l'argile pour faire un vase
mais c'est son vide qui le rend propre à la tâcheOn perce portes et fenêtres
et c'est leur vide qui rend la maison habitable
Ainsi l'homme construit des objets
mais c'est le vide qui leur donne sens.C'est ce qui manque qui donne la raison d'être
LAOZI (Lao Tseu, VIe av.JC)
Note sur la traduction
Saisir, saisir le soi, la pomme et la statue,
Saisir l'ombre et le mur et le bout de la rue.
Saisir le pied, le cou de la femme couchée
Et puis ouvrir les mains. Combien d'oiseaux lâchés
Combien d'oiseaux perdus qui deviennent la rue
L'ombre, le mur, le soir, la pomme et la statue.
Mains, vous vous userez
A ce grave jeu-là.
Il faudra vous couper
Un jour, vous couper ras.
Jules SUPERVIELLE (1884-1960)
17 janvier
En cette saison malheureuse, je perdis mes mains, mais gardai mes poignets. Ce n'était pas satisfaisant. Il fallut m'en contenter. Il s'installa dès lors en moi une large nappe de calme. Je n'avais jamais été si calme. Le désespoir vaste avait reculé mes bornes.
De là mon calme, de cette grandeur accrue. Bien malgré moi! Et je circulais dans le cirque immense de mon malheur.
Je fus toutefois tout près de le perdre. C'est qu'on voulut, par artifice, me redonner des doigts pour remplacer les autres et faire face aux nécessités de la vie. J'hésitais. Enfin je dis "non" et je retrouvai ma paix. Ce sentiment qui est si grand, il faut bien que ce soit la paix, sinon ce ne serait pas supportable.Parfois pourtant je pleure, je pleure, je n'en puis plus, je pleure traversé d'incessants coups de sifflets, des hurlements plutôt, mais si rapprochés qu'ils sont comme des coups de pique et tous ils hurlent en moi, ils hurlent: "Tu as perdu tes mains! Tu as perdu tes mains! Malheureux! Tu as perdu ta vie..."
Henri MICHAUX (1899-1984)
(retour)
18 janvier (1916 - dernière lettre à Lou)
Sept épées de mélancolie
Sans morfil ô claires douleurs
Sont dans mon coeur et la folie
Veut raisonner pour mon malheur
Comment voulez-vous que j'oublieGuillaume APOLLINAIRE (1880-1918)
Ecoutez!
Puisqu'on allume
les étoiles -
c'est qu'elles sont à quelqu'un nécessaires?
C'est qu'il est - indispensable
que tous les soirs
au desus des toits
se mette à luire seule au moins une étoile?
Vladimir MAIAKOWSKI (1893-1930)
The patience of women
is stupid and beautiful as the patience of donkeys
The impatience of men
is stupid and terrible as the impatience of horses
The impatience of women
is like thunderstorms among mountains
The patience of men
is like streams in the valleys.
Ursula K. LE GUIN (1929)
Le sens du passé naît
d'objets-déjà.
Dans tous les moments évidents
Je t'ai cherchée
Aussi dans de ténus
interrègnes.
Cherchée qui ?
où
es-tu ?
qui ?
qui, n'a plus de sens
ni quoi (sans nom, dans nulle langue)
Jacques ROUBAUD (1932)
Fragile est le trésor des oiseaux. Toutefois
puisse-t-il scintiller toujours dans la lumière!
Ce qui change même la mort en ligne blanche
au petit jour, l'oiseau le dit à qui l'écoute.
Philippe JACCOTTET (1925)
27 janvier (1945, Libération du camp d'Auschwitz-Birkenau par l'armée rouge)
Je suis lasse de la terreur et du désespoir,
d'avoir à me montrer courageuse.
Je veux les jours de travail ennuyeux
et les nuits de vie que rien d'exceptionnel
ne marque, avec des cils et des cheveux.
Il est exceptionnel de mourir dans son lit
à quatre-vingt-dix-huit ans sans avoir été
gazée, fusillée, essorée à sec
par la dysenterie, noyée à la naissance
dans une bassine pour filles non désirées.
Marilyn HACKER (1942)
(retour)
Toutes ces brumes
Issues de nos chagrins
Tous ces orages
Qui bataillent entre nos tempes
Toutes ces ombres
Qui emmurent l'espérance
Tous ces cris
Qui entravent notre chant
Toutes ces craintes
Qui retiennent nos pas
Toutes les clartés
Qui naissent de ces remous!Andrée CHEDID (1920)
Le poête sait l'art de feindre.
Il feint si complètement
Qu'il en vient à feindre qu'est douleur
La douleur qu'en fait il ressent
Fernando PESSOA (1888-1935)
(retour)
Il faut être deux pour découvrir la vérité:
l'un pour la dire,
l'autre pour la comprendre.Khalil GIBRAN (1883-1931)
Écrire. Quoi? La vérité? Mais laquelle? Celle qu’on a égarée dans les placards de l’enfance ? Celle qui vient d’en haut, de la science, de la rumeur, des rêves, des signes, des sens, du silence, du désenchantement? Celle qui a cours au présent, à droite ou à gauche, qui change de visage chaque matin à la une du journal, versatile ou mutante, qui se donne des airs, qui se contredit, qui ment? Celle de l’horreur, de l’infamie, de la fatigue, de l’avancée ou du repli stratégique? (...) Me taire, mentir à mon tour peut-être, à l’une ou l’autre des ses manifestations du moment consentir, m’ajuster, en bricoler une, de toutes pièces, une vérité?
Non.
Alors quoi?
Cela... je veux écrire cela... l’impossibilité justement, l’absence de certitude uniforme, de dogme. Ni vide ni trou. Ambiguïté, imbroglio, faille, à tout coup blessure. Écrire ce qui souffre et fait souffrir, de temps à autre s’en va, échappe – non seulement à mon œil et à ma main, mais à mon humanité totale, âme comprise – ; puis revient, à peine reconnaissable, appuie plus lourdement encore au fond de ma langue. Notre barbare, notre précieuse humanité.Denise DESAUTELS (1945)
4 février (naissance de Jacques Prévert)
Je te salue oiseau de la tendresse
oiseau des premières caresses
oiseau des filles mères et des jardins publics
des amours éphémères et des filles publiques
Jacques PREVERT (1900-1977)
Nous ne sommes pas vos ennemis
Nous voulons vous donner de vastes et d'étranges domaines
Où le mystère en fleurs s'offre à qui veut le cueillir
Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières
De l'illimité et de l'avenir
Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés
Guillaume APPOLINAIRE (1880-1918)
You have become a melody;
You live in a black and white keyboard's
Undulating dream of poetry.
But I cannot guess if you can grow in this strange foreign land
For I hear that new sprouts are always tender.DUO Xu (1939)
6 février 1903: naissance du pianiste chilien Claudio Arrau, qui se produit en public à 5 ans, part à 8 ans poursuivre ses études musicales à Berlin (muni d'une bourse du gouvernement chilien!), est lauréat du concours Liszt à 16 et 17 ans, et professeur au conservatoire de Berlin à 21 ans... Il avait perdu son père à un an.
8 février (poème d'exil daté du 8 février 1075)
Dix ans que la vie et la mort nous ont éloignés
Je ne pensais pas
Que t'oublier serait si difficile
Mille lieues me séparent de ta tombe solitaire
Ma peine comment la taire?
Mais si tu m'avais revu
Tu ne m'aurais reconnu
Avec mon visage de poussière
Et mes tempes de givre
J'ai rêvé cette nuit que j'étais de retour
A la petite fenêtre
Tu te coiffais sans hâte
Nous nous sommes regardés sans dire un mot
Noyés de pleurs
J'imagine sans fin ta douleur
Dans la nuit sous la lune
Et le tertre aux pins courts
Su Shi (1037-1101)
La vie, c'est comme une dent
d'abord, on n'y a pas pensé
on s'est contenté de mâcher
et puis ça se gâte soudain
ça vous fait mal, et on y tient
et on la soigne et les soucis,
et pour qu'on soit vraiment guéri
il faut vous l'arracher, la vie
Boris VIAN (1920-1959)
12 février (les amandiers fleurissent en Languedoc)
Savais-je aux fins de jour où mon destin chemine
que j'aurais pour amis sept amandiers en fleurs?
Sept amandiers en fleurs, du haut de la colline,
se penchent et saluent mes joies et mes douleurs
Paul FORT (1872-1960)
(retour)
Ben devon li amador
de bon cor servir amor
quar amor non es pecatz
anz es vertus que li malvatz
fai bon, elh bon son melhor
Guilhem de MONTANHAGOL (1233-1268)
Bien doivent les amants
servir l'amour de bon coeur
car l'amour n'est pas un péché
telle est sa vertu que le malfaisant
il le rend bon, et le bon encore meilleur
Tu es tout seul tout mon mal et mon bien
Avec toy tout et sans toy je n'ai rien
Louise LABE (1525-1565)
Je ne souhaite encore point mourir
Mais, quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,
Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d'amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.
Louise Labé (1525-1565)
19 février (1473 - naissance de Copernic)
Entre la plus lointaine étoile et nous,
la distance, inimaginable, reste encore
comme une ligne, un lien, comme un chemin.
Philippe JACCOTTET (1925)
21 février (naissance de Raymond Queneau)
Il faut de tout pour faire un monde
Il faut des vieillards tremblotants
Il faut des milliards de secondes
Il faut chaque chose en son temps
En mars il y a le printemps
Il est un mois où l'on moissonne
Il est un jour au bout de l'an
L'hiver arrrive après l'automneQuand on est vieux on n'est plus jeune
On finit par perdre ses dents
Après avoir mangé on jeûne
Personne n'est jamais content
On regrette ses jouets d'enfant
On râle après le téléphone
On pleure comme un caïman
L'hiver arrive après l'automne
Prince! tout ça c'est le chiendent
C'est encore pis si tu raisonnes
La mort t'a toujours au tournant
L'hiver arrive après l'automne
Raymond QUENEAU (1903 -1976)
Le poisson pêché
pense à l'eau
tant qu'il le peut
Henri MICHAUX
Dans le fleuve d’Héraclite
moi poisson singulier, moi poisson distinct,
(ne serait-ce que de poisson-arbre et de poisson-rocher),
j’écris à mes heures précises petits poissons
à l’écaille si furtivement argentée,
que c’est peut-être la nuit qui cligne des yeux, perplexe?Wislawa SZYMBORSKA (trad. Piotr Kaminski)
Vous le saviez pourtant que j'avais un mari
Et vous m'avez donné deux perles lumineuses
Je vous rends les deux perles, et deux larmes brillantes
Que ne vous ai-je rencontré avant de le rencontrer lui
Zhang Ji (776-829)
28 février (1533: naissance de Michel de Montaigne)
Souvienne vous de celuy à qui, comme on demandoit à quoy faire il se peinoit si fort en un art qui ne pouvoit venir à la cognoissance de guère de gens: "J'en ay assez de peu, respondit-il, j'en ay assez d'un, j'en ay assez de pas un".
Michel de MONTAIGNE (1533-1592)
En réalgar, en arsenic rocher,
En orpiment en salpêtre et chaux vive,
En plomb bouillant pour mieux les émorcher,
En suie et poix détrempés de lessive
Faite d'étrons et de pissat de Juive,
En lavailles de jambes à méseaux
En raclures de pieds et vieux houseaux,
En sang d'aspic et drogues venimeuses,
En fiel de loup, de renard et blaireaux,
Soient frites ces langues envieuses!
François VILLON (1432-?)
(realgar: arsenic rouge, AsS; orpiment: arsenic jaune, As2S3; émorcher: ronger; méseaux: lépreux; houseaux: bottes)
Méduses malheureuses têtes
aux chevelures violettes
vous vous plaisez dans les tempêtes
et je m'y plais comme vous faites
Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918)
Je suis tortue et je suis belle,
Il ne me manque que les ailes
Pour imiter les hirondelles
Robert DESNOS (1900-1945)
Les poissons des profondeurs
Qui n'ont d'yeux ni de paupières
Inventèrent la lumière
Pour les besoins de leur coeur
Jules SUPERVIELLE
Le poète est en quête perpétuelle
de la note cristalline de son coeur
Khalil GIBRAN (1883-1931)
Cristal des lèvres! ô manteau du poète.
Robert DESNOS (1900-1945)
Bonjour la flamme.
Tu ne me brûles pas.
Tu me transportes.
Et je ne serai plus que cendre, ô flamme, si tu m'abandonnais.
Robert DESNOS (1900 -1945)
Parler est facile, et tracer des mots sur la page,
en règle générale, est risquer peu de choses:
tous les mots sont écrits de la même encre,
"fleur" et "peur" par exemple sont presque pareils,
et j'aurai beau répéter "sang" du haut en bas
de la page, elle n'en sera pas tachée,
ni moi blessé.
Philippe JACCOTTET (1925)
Mon coeur et ma tête se vident
Tout le ciel s'écoule par eux
O mes tonneaux des Danaïdes
Comment faire pour être heureux
Comme un petit enfant candideGuillaume APOLLINAIRE (1880-1918)
He who bends to himself a joy
Does the winged life destroy
But he who kisses the joy as it flies
Lives in eternity's sunrise
William BLAKE (1757-1827)
20 mars (2003 - premiers bombardements de la guerre pétrolière contre l'Irak)
Est-il possible que des radars
Détectent les ondes sonores des astres
Et que le gémissement des vivants
ne soit pas entendu?
Babacar SALL (1954)
Début du printemps
Sur les sottises
De nouvelles sottises!
ISSA (= Yataro KOBAYASHI, 1763 -1827)
Cultiver la vertu? Je connais ma sottise
Retourner à la terre? Je manque de vigueur...
XIE Lingyun (385-433)
Light is the left hand of darkness
and darkness is the right hand of light.
Two are one, life and death, lying
together like lovers,
like hands joined together,
like the end and the way.
Ursula K. LE GUIN (1929)
mon coeur se serre d'une émotion
que je ne peux identifier:
joie ou tristesse?
INOUE Yasushi (1907-1991)
Comparés à moi, un arbre est immortel
Et une fleur assez petite, mais plus saisissante,
Et il me manque la longévité de l'un, l'audace de l'autre.
Ce soir, dans la lumière infinitésimale des étoiles,
Les arbres et les fleurs ont répandu leur fraîche odeur.
Je marche parmi eux, mais aucun n'y prête attention.
Sylvia PLATH (1932 -1963)
Nous nous sommes mariés
pas ensemble
Des larmes coulent
qui s'ajoutent aux autres
Nicolas STYCZYNSKI (1967)
(retour)
31 mars
De mes robes chaque jour la taille s'amincit
Je songe à mon seigneur, mais il ne revient pas
Et quand il reviendra, me reconnaitra-t-il?HING Shao (VIe siècle)
Je viens à lui. Mais m'attend-il?
Voici les portes de la ville
où j'ai laissé mon coeur d'antan
Guillaume APOLLINAIRE
(retour)
1er avril
Partir est peu commode et de même l'expliquer.
Mais en un mot, je puis vous le dire.
Souffrir est le mot.
Henri MICHAUX (1899 -1984)
Dans les années terribles de la "Iéjovchtchina", j'ai passé dix-sept mois à faire la queue devant les prisons de Léningrad. Un jour, quelqu'un crut me reconnaître. Alors, la femme qui se tenait derrière moi, les lèvres bleues, et qui, bien sûr, n'avait jamais entendu mon nom de sa vie, sortant de l'engourdissement qui nous était commun, me demanda à l'oreille (là-bas, on ne parlait qu'en chuchotant) :
- Et cela, pourriez-vous le décrire ?
Et je répondis
- Oui, je le peux.
Alors, une espèce de sourire glissa sur ce qui avait été jadis son visage
Anna AKHMATOVA (1889-1966)
Lorsqu'un arbre pleure toute sa sève
qu'il se frappe l'aubier pour exprimer sa douleur
qu'il se traîne à genoux autour de son écorce
il faut lui parler le langage d'avril
lui dire l'automne n'est qu'une invention.
Venus KHOURY-GHATA (1935)
C'est du sable
promené amoncelé sculpté
par vents pluies marées -
c'est ombre et lumière
formant figures -
des lois altières et minutieuses
saisissent de beauté
notre coeur géomètre.
Serge MEITINGER (1951)
Tes prunelles sont des pensées
Ton corps une orchidée sauvage
A chacun de tes sourires
Tombe une rose
SHAN Sa (1973)
Fragile est le trésor des oiseaux. Toutefois
puisse-t-il scintiller toujours dans la lumière!
Ce qui change même la mort en ligne blanche
au petit jour, l'oiseau le dit à qui l'écoute.
Philippe JACCOTTET (1925)
9 avril - les iris sont en fleurs
Iris, vous me désespérez,
Mais je vivrai comme vivent les hommes
Qui essaient eux aussi de fleurir.
Eugène GUILLEVIC (1907-1985)
même distribuer le riz
est un mal
les poules se chamaillent
ISSA (= Yataro KOBAYASHI, 1763 -1827)
j'avais cette lumière là sur moi
comme ça
mais ce n'était pas
ma lumière
elle était là comme ça
j'aurais voulu
j'ai tout essayé
j'aurais voulu m'en débarrasser... partager
mais elle brûlait tout le monde
personne n'en voulait
je hurle à la lumière avec de l'encre et du papier
le soir tard
et je crie
tout de même
il y a la lumière
chacun a sa lumière
et le monde crève de froid
le monde a peur de se brûler les doigts
évidemment
c'est la lumière qui brille qui brûle qui fait cuire
et qui glace le sang
c'est la grande omelette surprise
le soleil avec des caillots de sang
lueur du coeur
lueur de l'amour
lueur
oh il faut la poursuivre cette lueur aveuglante
elle existe
elle crève les yeux
mais s'il faut que les yeux crèvent pour tout voir
crevez les yeux
soleil de nuit
lune de jour
étoiles de l'après-midi
battements de coeur avant l'amour
pendant l'amour
après l'amour
Jacques PREVERT (1900 -1977)
12 avril (les martinets sont de retour en Languedoc)
Martinet aux ailes trop larges, qui vire et crie sa joie
autour de la maison. Tel est le coeur.
Il n'est pas d'yeux pour le tenir. Il crie, c'est toute sa présence.
Un mince fusil va l'abattre. Tel est le coeur.
René CHAR (1907-1988)
14 avril (encore le retour des martinets...)
Les fleurs sont fanées, qu'y faire?
Mais je crois reconnaître
L'hirondelle qui revient
YEN Shu (991 -1055)
Je garderai toujours
De mes deux mains en creux
Jusqu'à la fin des jours
la douceur de ses seins modelés par l'amour
Jacques PREVERT (1900 -1977)
Parce que j'ai voulu te redire Je t'aime
Et que ce mot fait mal quand il est dit sans toi
Louis ARAGON (1897-1982)
Lorsque la mort viendra, aurai-je assez de paix en moi, et de désir, et de silence ? Faudra-t-il rencontrer pour la dernière fois, dans le miroir du vent, celui que je n'ai pas su être ? (...) Qui sera là pour la dernière étreinte, le souvenir de quel regard ? Quand viendra cet oubli ? Mais je sais que je serai seul.
Bernard DELVAILLE (1931-2006)
Je suis las de combattre un sort qui se dérobe,
Las de tenter l'oubli, las de me souvenir
Du moindre des parfums émanant de ta robe,
Las de te détester et las de te bénir
Robert DESNOS (1900 -1945)
Je suis las. Plus d'amour. Je veux
Vivre seul, pour moi seul décrire
Jusqu'à l'odeur de tes cheveux,
Jusqu'à l'éclair de ton sourire.
Charles CROS
20 avril (1960 - mort de Paul Fort)
Cette nuit j'ai rêvé que mon amie était morte
Mon amie était morte couchée dans le tombeau
Moi aussi j'étais mort et j'étais là près d'elle
Alors j'ai rêvé que nous nous regardions
Mon amie était morte, j'étais couché près d'elle
Cette nuit j'ai rêvé que je vivais enfin
Couché dans le tombeau ses yeux tout près des miens
Cette nuit j'ai rêvé que nous nous regardions
Que nous nous regardions d'un regard éternel
Que nous nous regardions, que nous nous regardions.
Paul FORT (1872-1960)
22 avril
Quel jour sommes nous
Nous sommes tous les jours
Mon amie
Nous sommes toute la vie
Mon amour
Jacques PREVERT (1900 -1977)
23 avril
J'ai traversé le fleuve et cueilli des lotus
Au marais des iris, que d'herbes odorantes!
Vais-je encore en cueillir, pour les donner a qui?
Celui que je regrette est au loin sur les routes.
(6e des 19 poemes anciens - période des han, 206 BC-219 AD)
25 avril (1974 - la révolution des oeillets)
Maria Helena VIEIRA DA SILVA (1908-1992)
(retour)
28 avril
Les branches du saule pleureur s'allongent
Sous les fines gouttes de la pluie printannière.
Je rêve à vous
Qui n'en savez rien.
WEN Tingyun (fin IXe siecle)
Or est venu le très gracieux moys
De May le gay, ou tant a de doulçours,
Que ces vergiers, ces buissons et ces bois,
Sont tout chargiez de verdeur et de flours
Ne il n'est riens qui n'en troublie esmay,
Pour la doulçour du jolis moys de May.
Christine de PISAN (1363 -1431)
Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous êtes si jolies mais la barque s'éloigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains
Guillaume APOLLINAIRE (1880 -1918)
Il faut viser d'autant plus juste que sont peu nombreux les éléments du poème, en peser le poids sur des balances d'autant plus sensibles qu'ils sont légers. Alors seulement, la cible atteinte n'est plus une cible, mais une ouverture où la flèche se sera engouffrée
Philippe JACCOTTET
(retour)
4 mai
Devant moi l'étendue de l'avenir. Derrière moi infranchissables
les parois du passé. Fermer les yeux. T'attendre.
Le silence. Ou presque. Ton pas est pourtant léger.
Jean GROSJEAN (1912)
(retour)
5 mai
Il souffle un vent terrible.
Ce n'est qu'un petit trou dans ma poitrine
Mais il y souffle un vent terrible.
Henri MICHAUX (1899 -1984)
(retour)
6 mai
Où est la rose d'Ithyrée
Que nul n'a jamais vue,
Où est la fleur nommée uzue,
Que nul n'a respirée?
Geo NORGE (1898 -1990)
Longer le pré aujourd'hui m'encourage, m'égaie. C'est plein de coquelicots parmi les herbes folles.
Rouge, rouge ! Ce n'est pas du feu, encore moins du sang. C'est bien trop gai, trop léger pour cela.
Ne dirait-on pas autant de petits drapeaux à peine attachés à leur hampe, de cocardes que peu de vent suffirait à faie envoler? ou de bouts de papier de soie jetés au vent pour vous convier à une fête, la fête de mai?Philippe JACCOTTET (1925)
Amours m'ont navré d'un dart si crüement
que je ne porroie vivre longuement,
se de ma dolour n'avoie alegement.
Car aies de moi pitié, dame au cors gent!
codex de Montpellier, XIIIe siècle (1210 – 1275?)
Et c'est toujours le même aveu, la même jeunesse, les mêmes yeux purs, le même geste ingénu de ses bras autour de mon cou, la même caresse, la même révélation.
Mais ce n'est jamais la même femme.Paul ELUARD (1895-1952)
l'amour sépare
quand il n'y a plus d'amour
plus qu'un naufrage
n'éloigne de la vieGérard LE GOUIC
J'écris
l'horreur d'un matin
d'un matin de Mai
Le printemps se noie
L'océan de sang
Immonde
Salima AIT-MOHAMED (1969)
J'écris
l'horreur d'un matin
d'un matin de Mai
Le printemps se noie
L'océan de sang
Immonde
Salima AIT-MOHAMED (1969)
Profitant du printemps
j'erre au pays natal
et je cueille a pas lents
les orchis odorants
Les mots me font défaut
Tant mon coeur a de peine
(JIANG Zong) (519-594)
Tout le long de sa vieJules SUPERVIELLE (1884-1960)
il avait aimé à lire
Avec une bougie
Et souvent il passait
La main dessus la flamme
Pour se persuader
Qu'il vivait,
Qu'il vivait.
Depuis le jour de sa mort
Il tient à côtÈ de lui
Une bougie allumée
Mais garde les mains cachées.
Sera-t-il donc possible au jour qui nous éclaire,
A la nuit qui nous berce, à l'aube qui nous rit,
De me continuer leur aumône éphémère
Sans que tu sois du jour, de l'aube et de la nuit?
Henry BATAILLE (1872 -1922)
On voit mourir toute chose animée
Lors que du corps l'âme subtile part.
Je suis le corps, toi la meilleure part:
Où est-tu donc, ô âme bien-aimée?
Louise LABE (1525-1565)
24 mai (1899 - naissance de Michaux)
A mes moments perdus, j'apprends à marcher à une satue. Etant donné son immobilité exagérément prolongée, ce n'est pas facile. Ni pour elle. Ni pour moi. Grande distance nous sépare, je m'en rends compte. Je ne suis pas assez sot pour ne pas m'en rendre compte.
Mais on ne peut pas avoir toutes les bonnes cartes dans son jeu. Or donc, en avant.
Ce qui importe, c'est que son premier pas soit bon. Tout pour elle est dans ce premier pas. Je le sais. Je ne le sais que trop. De là, mon angoisse. Je m'exerce en conséquence. Je m'exerce comme jamais je ne le fis.
Me plaçant près d'elle de façon strictement parallèle, le pied comme elle levé et raide comme un piquet enfoncé en terre.
Hélàs, ce n'est jamais exactement pareil. Ou le pied, ou la cambrure ou le port, ou le style, il y a toujours quelque chose de manqué et le départ tant attendu ne peut avoir lieu.
C'est pourquoi j'en suis venu presque à ne plus pouvoir marcher moi-même, envahi d'une rigidité, pourtant toute d'élan, et mon corps fasciné me fait peur et ne me conduit plus nulle part.
Henri MICHAUX (1899 -1984)
Toute la forêt attend que la statue abaisse son bras levé.
Ce sera pour aujourd'hui.
Hier on avait pensé que ce serait peut-être pour hier.
Aujourd'hui on en est sûr, même les racines le savent.
Ce sera pour aujourd'hui.
Jules SUPERVIELLE (1884 -1960)
(retour)
26 mai
Le temps le temps
A pu faire d'une flamme
Une pierre qui dort debout
Mais ton sein pointe dru
Contre le jour qui traîne
Eugène GUILLEVIC (1907-1985)
(retour)
29 mai
L'ordre logique s'effondra avec le toit
nous applaudissions les pluies entre nos murs
rapiécions avec ferveur les accrocs des toiles d'araignée
Vénus KHOURY-GHATA
Je ne voudrais plus qu'éloigner
ce qui nous sépare du clair,
laisser seulement la place
à la bonté dédaignée.
Philippe JACCOTTET (1925)
Aimons incurieux et quiets
les tutélaires mensonges
qui sont nos anges gardiens.
A trop chérir les lumières,
médite un peu le papillon.
Géo NORGE (Georges MOGIN, 1898-1990)
3 juin (1963 - mort de Nâzim Hikmet, après 15 ans de prison et 16 d'exil)
Etre captif, là n'est pas la question,
la question est de ne pas se rendre, voilà.
Nâzim HIKMET (1902 -1963)4 juin (en mémoire de Noémie, qui aura toujours quatre ans)
cet oeillet
pourquoi s'est-il cassé?
mais pourquoi s'est-il cassé?
ISSA (1763 -1827)
écrit à la mort de son fils Ishitaro, trois mois
(retour)
8 juin (1945 – mort de Robert Desnos, épuisé par sa captivité au camp de Terezin)
O Zénith ô Nadir ô ciel tous les chemins
Conduisent à la mort marquée dans chaque main
Robert DESNOS (1900 -1945)
Allées,
venues,
allées,
venues,
puis la place
s'obscurcitPeter HANDKE (1942)
(inscrit sur un mur lors d'une expo d'art en plein air sur une place de Lyon)
Vivre c'est pour apprendre
A bien poser la tête
Sur un ventre de femme.
Eugène GUILLEVIC (1907-1985)
14 juin - naissance de René Char
La faveur des étoiles est de nous inviter à parler, de nous montrer que nous ne sommes pas seuls, que l'aurore a un toit et mon feu tes deux mains.
René CHAR (1907-1988)
(retour)
18 juin
La mer, la mer toujours recommencée!
Paul VALERY (1871-1945)
(retour)
21 juin
Qu'avez-vous fait de tout ce temps qu'on n'entendait
ni votre rire ni vos pas dans la ruelle?
Fallait-il s'absenter sans personne avertir?
O dame revenez maintenant parmi nous...
Philippe JACCOTTET (1925)
Deux bouteilles vides
Au grenier dans un coin.
Le vent secoue les tuiles
Et la charpente
Deux bouteilles vertes
Qu'attire le centre de la terre
Et que retient la lumière.
Eugene GUILLEVIC (1907-1985)
Je suis dur
Je suis tendre
Et j'ai perdu mon temps
A rêver sans dormir
A dormir en marchant
Partout où j'ai passé
J'ai trouvé mon absence
Je ne suis nulle part
Excepté le néant
Mais je porte accroché au plus haut des entrailles
A la place où la foudre a frappé trop souvent
Un coeur où chaque mot a laissé son entaille
Et d'où ma vie s'égoutte au moindre mouvement.
Pierre REVERDY
Je suis quant à moi très attirée par les « choses de rien », couleur de légumes tombés sous les étals du marché; flaques-miroirs; odeurs d'un porte-monnaie; détail de sculpture, très soigné malgré la grande improbabilité qu'on le regarde, tout en haut d'une colonne d'église; insectes fragiles et de structure complexe qui vous tombent sur un doigt, l'été. Tout cela vit fort, à la dérobée, et nous fait crier : Terre !
Marie-Claire BANCQUART
Coeur lent qui t'accoutumes
Et tu ne sais à quoi,
Coeur grave qui résumes
Dans le plus sûr de toi
Des terres sans feuillage,
Des routes sans chevaux,
Un vaisseau sans visages
Et des vagues sans eaux.Jules SUPERVIELLE (1884 -1960)
Sombre ennemi qui nous combats et nous resserres
laisse-moi dans le peu de jours que je détiens
vouer ma faiblesse et ma force à la lumière:
et que je sois changé en éclair à la fin.
Philippe JACCOTTET (1925)
(retour)
Je mourrai comme un vieux
Je mourrai comme un porc
Je mourrai comme un dieu
Je mourrai comme un mort
Et ce sera tant mieux
Roger GILBERT-LECOMTE (1907-1943)
4 juillet 1900 – naissance de Robert Desnos
Gloire! Gloire au bel hippocampe
Cheval marin, cheval de trempe,
Qu'aucun jockey n'a chevauché,
Qu'aucun cocher n'a harnaché.
Robert DESNOS (1900 -1945)
(retour)
6 juillet
Hé! Dieu! Si j'eusse étudié
Au temps de ma jeunesse folle,
Et à bonnes moeurs dédié,
J'eusse maison et couche molle
Mais quoi? Je fuyoie l'école
Comme fait le mauvais enfant.
En écrivant cette parole
A peu que le coeur ne me fend...
François VILLON (1431-1463)
Seul, sans escorte, sans amis,
Solitaire et indifférent
Comme l'arête du hareng
James JOYCE (1882-1941)
(retour)
12 juillet - destruction systématique des infrastructures du Liban par les bombes israéliennes
D'où venez-vous?
C'est une question qui fait rougir
Le pays natal n'est plus que cendres.
Où allez-vous?
Devant, rien que route sans fin
chargée de vent de sable.
Venant de la guerre,
Allons vers la guerre...
I Men (1907-1967)
(retour)
14 juillet
Si tu chantes La Marseillaise,
pourquoi faut-il qu'il te déplaise
de la chanter sur l'air de complainte sensible
de tel petit navire au mousse comestible?
Robert DESNOS (1900-1945)
(Il faut l'essayer; c'est irrésistible!)
Nous voilà de l'autre côté.
Mais trop tard.
Combattants illusoires,
nous avons lancé nos bataillons
de rage et d'amour
contre des Forces
qui se jouaient de nous.
Et tu pouvais craindre
notre aveuglement, et tu pouvais
préférer notre aveuglement.
Nous voilà de l'autre côté.
Mais trop tard.
Nous sommes étrangers
dans ce pays sans limites.
Nous sommes étrangers
dans ce pays sans lieux.
Nous sommes étrangers
dans ce pays sans ombres.
Il faut revenir.
Il faut te perdre
pour te retrouver
au bout de tous nos chemins.
[...]
Alain SUIED (1951)
19 juillet
Why cannot Truth be like a baby
That laughs when it is happy
And cries when it is hurt?
ZHENG Min (1924)
21 juillet (2004 - mort d'Ed Lewis)
Désormais cette page où plus rien ne s'inscrit...
SAINT-JOHN PERSE (1887-1975)
22 juillet (en se promenant sur la plage)
La seiche porte son os à l’endroit où se tiennent nos pensées ; il lui est tout aussi précieux et encombrant que ces états mentaux dont nous ignorons à peu près tout, sinon que ce sont les nôtres. Il peut arriver que les sentiments nous privent – à nos yeux – d’une relation avec le monde que nous aimerions plus innocente ou plus détachée. Le mystique qui souhaite atteindre Dieu se dépossède de ses attributs, il s’en détache, jusqu’à devenir « sans qualités » (...). Peut-être n’en va-t-il pas autrement pour la seiche. Il suffit d’un os trouvé sur une plage pour y songer.
Jean-Pierre COMETTI
Pardonnez-moi mon ignorance
Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918)
Pardonnez-moi de ne plus connaître l'ancien jeu des vers
Je ne sais plus rien et j'aime uniquement
Les fleurs à mes yeux redeviennent des flammes
Je médite divinement
Et je souris des êtres que je n'ai pas créés
Dos qui se voûte
Philippe JACCOTTET (1925)
Pour passer sous quoi?
La lumière de la luciole
Que tu m'as offerte
Est un feu d'artifice aux dix mille étincelles
Pour l'enfant de la nuit
Que je suis devenue.
Shan Sa (1973)
Ring the bells that still can ring
Forget your perfect offering
There is a crack in everything
That's how the light gets in
Leonard COHEN (1934)
A l'expiration de mon enfance, je m'enlisai dans un marais. Des aboiements éclataient partout. "Tu ne les entendrais pas si bien si tu n'étais toi-même prêt à aboyer. Aboie donc." Mais je ne pus.
Des années passèrent, après lesquelles j'aboutis à une terre plus ferme. Des craquements s'y firent entendre, partout des craquements, et j'eusse voulu craquer moi aussi, mais ce n'est pas le bruit de la chair.
Ces craquements durèrent vingt ans et de tout partait craquements. Les aboiements aussi s'entendaient de plus en plus furieux. Alors je me mis à rire, car je n'avais plus d'espoir et tous les aboiements étaient dans mon rire et aussi beaucoup de craquements.
(...)Ainsi, les annés s'écoulaient dans ce siècle mauvais. elles s'écoulent encore...
Henri MICHAUX (1899 -1984)
(retour)
Rire, pour ne pas trop pleurer
de la faiblesse des anges
de la force des chiens
Christian BOBIN
(retour)
30 juillet
Univers perdu dans la nuit
De ma vie
J'ai oublié les premiers mots
Et n'en saurai jamais le dernier
Bing Xin (née en 1902)
(retour)
Plus je vieillis et plus je crois en ignorance,
plus j'ai vécu, moins je possède et moins je règne.
Tout ce que j'ai, c'est un espace tour à tour
enneigé ou brillant, mais jamais habité.
Philippe JACCOTTET (1925)
(retour)
1 août - début de l'effroyable "Grande Guerre", 1914 -18
Guerre de nerfs de Terre
de rang de race de ruines
de fer de laquais de cocardes
de vent de vent de vent
de traces d'air, de mer, de faux
de frontières, de misères qui s'emmêlent
qui nous emmêlent
sous le cric, sous le mépris
sous hier, sous les débris de la statue tombée
sous d'immenses panneaux de véto
prisonniers dans le fumier
sous demain reins cassés
sous demain
cependant millions et millions d'hommes
s'en vont entrant en mort
sans même un cri à eux
millions et millions
le thermomètre gèle comme une jambe
mais une voix d'une stridence extrême...
et millions et millions commandés du Nord au Sud
s'en vont entrant en mort
Lazare, tu dors? dis?
Ils meurent, Lazare
Ils meurent et pas de linceul pas de Marthe ni de Marie
souvent même plus de cadavre
Comme un fou, qui pèle une huître, rit
je crie
je crie
je crie stupide vers toi
si quelque chose tu as appris
à ton tour, maintenant
à ton tour, Lazare!
Henri MICHAUX (1899 -1984)
(retour)
Même faibles comme une bougie
Il nous faut brûler jusqu'à la dernière larme;
Même ténus comme une allumette
Il nous faut provoquer l'étincelle au moment utile;
Réduit en cadavres pourris
Transformons-nous encore en feux follets
pour hanter la plaine sauvage.
Ai Qing (1910- )
Pourquoi font-ils cela
les miroirs
des visages vieux?
Valérie ROUZEAU (1967)
4 août
Papillon,
tu me nargues
En volant ainsi dans l’espace,
De fleur en fleur
Et bien plus haut.
Tu ne sauras pas
Que moi aussi je vole, je plonge,
Mais dans un autre espace,
Celui qui est en moi,
Que me creuse le silence
Et dont j’ai fait mon domaine,
Prêt toujours à me satisfaire
De solitudes ou de visites.
Eugène GUILLEVIC (1907-1985)
C'est moi qui frappe aux portes,
aux portes, l'une après l'autre.
Je suis invisible à vos yeux.
Les morts sont invisibles.
Morte à Hiroshima
il y a bien longtemps,
je suis une petite fille de sept ans.
Les enfants morts ne grandissent pas.
Mes cheveux d'abord ont pris feu,
mes yeux ont brûlé, se sont calcinés.
Soudain je fus réduite en une poignée de cendres,
mes cendres se sont éparpillées au vent.
Pour ce qui est de moi,
je ne vous demande rien:
il ne saurait manger, même des bonbons,
l'enfant qui comme du papier a brûlé.
Je frappe à votre porte, oncle, tante:
une signature. Que l'on ne tue pas les enfants
et qu'ils puissent aussi manger des bonbons.
Nâzim HIKMET (1902 -1963)
(retour)
8 août
Je crains bien le malheur le deuil et la souffrance
et l'angoisse et la guigne et l'excès de l'absence
je crains l'abîme obèse ou gît la maladie
et le temps et l'espace et les torts de l'esprit
Raymond QUENEAU (1903-1976)
(retour)
11 août
Poids des pierres, des pensées
Songes et montagnes
n'ont pas même balance
Nous habitons encore un autre monde
Peut-être l'intervalle
Philippe JACCOTTET (1925)
(retour)
12 août – pluie d’étoiles filantes du côté de Persée
Les étoiles
sont les fleurs du ciel
et les fleurs
les étoiles de ce monde
Kenji MYIAZAWA (1896 -1933)
(retour)
13 août
Ne pense pas aux preuves,
Sois ta propre preuve
Pierre-Albert JOURDAN (1924-1981)
(PS - on peut remplacer "preuve" par "cible", "but", ou "résultat"...)
(retour)
14 août
Et où que j'aille, dans l'univers entier,
Je rencontre toujours,
Hors de moi comme en moi,
L'irremplissable Vide,
L'inconquérable Rien.
Valery LARBAUD (1881-1957)
(retour)
15 août
A jeun perdue glacée
Toute seule sans un sou
Une fille de seize ans
Immobile debout
Place de la Concorde
A midi le Quinze Août.
Jacques PREVERT (1900-1977)
(retour)
16 août
Nous pouvons porter peu de chose,
à peine une couronne de papier doré;
à la première épine
nous crions à l'aide et nous tremblons.
Philippe JACCOTTET (1925)
L'un avec l'autre enfin unis
Comme la liane épouse l'arbre
La liane est venue à son heure
A son heure est né notre amour
(période des Han : 206 BC- 219 AD)
(retour)
L'impensable est du provisoirement impensé et l'indicible du provisoirement non dit tout comme l'invisible est provisoirement dissimulé derrière du visible.
La pensée présente nous cache une pensée future parce que son exercice nous occupe entièrement. Ainsi notre activité mentale ne cesse-t-elle de nous masquer un arrière-pays dont l'obscurité menace d'envahir ce qui nous éclaircit. L'écriture pressent cette ombre, qui peut-être la suit, ou qui peut-être la pousse en avant - à moins qu'il n'y ait deux arrière-pays : la région claire du déjà pensé, du déjà dit, et l'autre, celle qui reste en attente.
Bernard NOEL (1930)
19 août
Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s'est retirée
Mais dans tes yeux entrouverts
Deux petites vagues sont restéesJacques PREVERT (1900 -1977)
(retour)
20 août
pleine de lunes, pleine de coeurs, pleine de portes
pleine d'hommes qui s'inclinent
qui se retirent, qui s'en veulent, qui font la paix
pleine d'obstacles
pleine de mains droites, de mains gauches
de mains qui s'étreignent, qui se répondent, qui se lient à jamais
pleine de mains face à face,
de mains sur leurs gardes, de mains occupées
pleine de matins
pleine de portes
pleine d'eau tombant goutte à goutte des nuages
pleine de bacs qui traversent d'une rive à l'autre
pleine de levées de terre
pleine de creusets
et d'arcs et de fugitifs
et pleine de calamités
et pleine de voleurs emportant sous le bras les objets volés
et pleine de convoitises
et pleine de mailles
et pleine aussi de paroles sincères
et pleine de réunions
et pleine d'enfants nés coiffés
et pleine de trous dans la terre
et de nombrils dans le corps
et pleine de crânes
et pleine de fosses
et pleine d'oiseaux de passage
et pleine de nouveaux-nés – que de nouveaux-nés!
et pleine de métaux dans les profondeurs du sol
et pleine de terrres vierges
et de vapeurs qui montent des herbages et des marais
et pleine de dragons
pleine de démons errant dans la campagne
et pleine de tout ce qui existe dans l'univers
tel quel ou autrement assemblé
Henri MICHAUX (1899-1984)Les jours, les jours... Qui donc soupire et qui m'appelle,
Pour quelle fête ou quel supplice ou quel pardon?
Quel est le plus long chemin d'un point à un autre?
Jean TARDIEU (1903- )
26 août - naissance de Guillaume Albert Wladimir Alexandre Apollinaire Kostrowitzky
...
L'avion se pose enfin sans refermer les ailes
Le ciel s'emplit alors de millions d'hirondelles
A tire d'aile viennent les corbeaux les faucons les hiboux
D'Afrique arrivent les ibis, les flamants, les marabouts
L'Oiseau Roc célébré par les conteurs et les poètes
Plane tenant dans les serres le crâne d'Adam la première tête
L'aigle fond de l'horizon en poussant un grand cri
Et d'Amérique vient le petit colibri
De Chine sont venus les pihis longs et souples
Qui n'ont qu'une seule aile et qui volent par couples
Puis survient la colombe esprit immaculé
Qu'escortent l'oiseau-lyre et le paon ocellé
Le Phénix ce bûcher qui soi-même s'engendre
Un instant voile tout de son ardente cendre
Les sirènes laissant les périlleux détroits
Arrivent en chantant bellement toutes trois
Et tous aigle phénix et pihis de la Chine
fraternisent avec la volante machine...
Guillaume APOLLINAIRE (1880 -1918)
The art of losing isn't hard to master ;
so many things seem filled with the intent
to be lost that their loss is no disaster.
Lose something every day. Accept the fluster
of lost door keys, the hour badly spent.
The art of losing isn't hard to master.
Then practice losing farther, losing faster :
places, and names, and where it was you meant
to travel. None of these will bring disaster.
I lost my mother's watch. And look ! my last, or
next-to-last, of three loved houses went.
The art of losing isn't hard to master.
I lost two cities, lovely ones. And, vaster,
some realms I owned, two rivers, a continent.
I miss them, but it wasn't a disaster.
- Even losing you (the joking voice, a gesture
I love) I shan't have lied. It's evident
the art of losing's not too hard to master
though it may look (Write it!) like disaster.
Elizabeth BISHOP (1911-1979)
L'art de perdre n'est pas difficile à maîtriser;
tant de choses semblent si pleines d'envie
d'être perdues que leur perte n'est pas un désastre.
Perds chaque jour quelque chose. Accepte l'embarras
de perdre tes clés, et l'heure stupidement perdue.
L'art de perdre n'est pas difficile à maîtriser.
Puis entraîne toi à perdre plus, et plus vite:
les lieux, les noms, l'endroit où tu comptais
aller. Rien de celà n'amènerat un désastre.
J'ai perdu la montre de ma mère. Et voilà! la dernière
ou l'avant-dernière de trois maisons aimées est partie.
L'art de perdre n'est pas difficile à maîtriser.
J'ai perdu deux villes, que j'aimais. Et, plus vastes,
des royaumes que j'avais, deux rivières, un continent.
Ils me manquent, mais ce ne fut pas un désastre.
- Même en te perdant (la voix qui plaisante, un geste
que j'aime) je n'aurai pas menti. Il est évident
que l'art de perdre n'est pas difficile à maîtriser.
quoique cela puisse paraître (écris-le!) comme un désastre.
Nul ne peut atteindre l'aube sans passer par la nuit
Khalil GIBRAN (1883-1931)
Je ne vois plus le jour
Qu'au travers de ma nuitJules SUPERVIELLE (1884-1960)
Quand je dis
les pommes blanches du plaisir
la table ronde du sommeil
et le regard brisé des fontaines
quand je parle
de la neige aux chiens bleus
ou de la nuit qui souffre
du vagabond qui va
une bougie d'ombres
dans la main
quand je nomme
verger la patience
raisin le goût des lèvres
et jardin ton visage
je me comprends
Jean-Pierre SIMEON (1950)
Je suis comme celui qui a fait sa journée
et réfléchit assis les mains a plat sur les genoux
Aux choses qu'il veut faire et fera en leur temps
si la source du temps lui compte encore des jours
Claude ROY (1915-1997)
(retour)
Déjà blanche est sur l'herbe des champs la rosée;
Voici que la saison de nouveau va changer
La cigale d'été aux bosquets chante encore
Mais la noire hirondelle a fui, vers quelle contrée?
(7e des 19 poemes anciens - période des Han, 206 BC-219 AD)
(retour)
5 septembre - début des vendanges en Languedoc
Derrière un mur hérissé de tessons de bouteilles,
Deviner la promeneuse est un jeu facile pour les passants.
Mais deviner qui but toutes ces bouteilles
Avant de les briser en multiples tessons,
Mais deviner qui but toutes ces bouteilles, est un jeu plus difficile.
Robert DESNOS (1900-1945)
Cats are not timid or tender;
They do not ever shrink from strife.
They rule you in regal splendour;
You cannot rush them or shove them.
They may just walk out of your life;
That's one more reason to love them.
Pamela LEWIS
This poem was written by Pam Lewis, the beloved wife of the beloved Edward B. Lewis, founding father of Developmental Genetics.and (secondarily) Nobel prize winner. The occasion was a discussion we had on cats, and Pam's dislike of their propensity to just disappear - I replied that that was one more reason to love them. A few days later I was offered this piece, which is one of the few items in my treasure chest. September 7 is the birthdate of my daughter, who shares much with cats.
Ici règnèrent d'abord les Trois Royaumes
Puis les Six Dynasties
Combien drue pousse l'herbe sur leurs palais!
GAO Ki (1336-1374)
(retour)
11 septembre (1973 - coup d'état au Chili)
Donde estas para llevarte una flor?
(Where are you that I could bring you a flower?)
graved on a stone in front of the "Borgoño" headquarters of the secret police in Santiago, where thousands of people were tortured and disappeared in the aftermath of the US-backed military coup of 11 September 1973. The stone is dedicated to "Vicente Israel Garcîa Ramîrez, detenido desaparecido el 30 de abril 1977 desde el cuartel Borgoño".
In an earlier and more civilized time, the Borgoño building was a center of scientific investigation (headed by Drs Hermann Niemeyer and Jorge Allende) where I worked as a post-doc from January 1971 to January 1973...
(retour)
13 septembre
O doux sommeil, ô nuit à moi heureuse!
Plaisant repos, plein de tranquillité,
Continuez toutes les nuits mon songe;
Et si jamais ma pauvre âme amoureuse
Ne doit avoir de bien en vérité
Faites au moins qu'elle ne ait en mensonge.
Louise LABE (1525-1565)
Les teintes de l'automne montent du fleuve,
Dont les berges se couvrent de brumes bleutées.
Où trouverai-je le luth àquinze cordes
Dont je jouerai pour les dragons?
ZHANG Yining (1301-1370)
(retour)
16 septembre (1982 - début du massacre de réfugiés palestiniens à Sabra et Chatila)
Il se souvient ce matin
A l'heure du café
Lorsqu'il a ouvert la porte pour prendre le journal
Comment celui-ci a souillé sa chemise de sang
Et a laissé échapper des cadavres tout frais qui le dévisagent
Mohamed Farid ABU SAADA (1951)
(traduit de l'arabe par Abdul Kader El Janabi)
(retour)
18 septembre
Brisé mais toujours là
Rangé mais toujours perdu
Etre séparation, être douleur
Singulière cette saveur dans mon coeur
LI Yu (937-978)
L'herbe dites-vous
Ne fait aucun bruit pour pousser
L'enfant pour grandir
Le temps pour passer
Vous n'avez vraiment pas l'oreille fine.
Pierre ALBERT-BIRO (1876 -1967)
vent d'automne
dans le coeur d'Issa
des pensées
ISSA (= Yataro KOBAYASHI, 1763 -1827)
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23 septembre – le lendemain du 22 septembre de Brassens
Maintenant que je n'ignore plus rien du goût de la mélancolie
Je ne veux plus rien en dire
Ne veux plus rien en dire
Sinon: "Le temps est frais, quel bel automne!"
XIN Qiji (1140-1270)
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24 septembre - mort de Pablo Neruda
(juste après le répugnant coup d'état du 11 septembre)
Dónde van las cosas del sueño?
Se van al sueño de los otros?
Y el padre que vive en los sueños
vuelve a morir cuando despiertas?
Si todos los ríos son dulces
de dónde saca sal el mar?
Por qué los ríos mejores
se fueron a correr en Francia?
Amor, amor aquel y aquella,
si ya no son donde se fueron?
Sufre mas el que espera siempre
que aquel que nunca esperó a nadie?
Sabes qué meditaciones
rumia la tierra en el otoño?
Cómo agradecer a las nubes
esa abundancia fugitiva?
Entre las orquídeas y el trigo
para cuál es la preferencia?
27 septembre (1914 - Apollinaire rencontre Louise de Coligny-Châtillon, "Lou")
Un cavalier va dans la plaine
La jeune femme pense à lui
Et cette flotte à Mytilène
Le fil de fer est là qui luit
Comme ils cueillaient la rose ardente
Leurs yeux tout à coup ont fleuri
Et quel soleil la bouche errante
A qui la bouche avait souri
Guillaume APOLLINAIRE (1880 -1918)
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28 septembre (2000 - début de la deuxième intifada)
Pour mourir sans regret il faut être si lasse
Pour mourir sans regret des désirs oubliés
Pour mourir sans chagrin pour mourir sans pitié
Faut-il détruire aussi les mains les yeux les faces
Robert DESNOS (1900 -1945)
Souvent m’apparaissent, dans le retrait de moi-même, les masques du vide. Les masques que prend le vide ne sont pas pleins. Ce ne lui est pas nécessaire.
Quelques traits infimes veillent à le masquer; y suffisent. Assurément, il est là, on l’oublierait presque… …Ces masques vont ordinairement par deux et s’impriment, frêles mais durs, dans le disque achevé de l’univers.
On pourrait croire à des gestes, à l’algèbre de gestes arrêtés dans un cataclysme pompéïen. Mais aucune trace de cataclysme. Au contraire une étrange immobilité, et partout dans le Spectre même de la puissance, la succion effroyable du Vide.
Il y a aussi les déserts du matin, jonchés d’animaux morts...Henri MICHAUX (1880-1918)
1 octobre (hommage à Isabelle Jarry, qui naîtra demain)
J'ay nom sans bruit
Feuille sans fruit,
Dures espines me sont flours:
Ainsi me gouvernent amours,
Sans avoir autre saufconduit:
Le jour m'est nuitMartin LE FRANC (1410 – 1461)
Un monde de rosée
que ce monde de rosée
et pourtant, et pourtant...
ISSA (= Yataro KOBAYASHI, 1763-1827)
Je meurs de seuf auprès de la fontaine,
Chaud comme feu, et tremble dent à dent;
En mon pays suis en terre lointaine;
Lez un brasier frissonne tout ardent;
Nu comme un vers, vêtu en président,
Je ris en pleurs et attends sans espoir;
Confort reprends en triste désespoir;
Je m'éjouis et j'ai plaisir aucun;
Puissant je suis sans force et sans pouvoir,
Bien recueilli, débouté de chacun.
François VILLON (1431- ?)
Et même séparés
son ombre sur un mur
s'étonne de sentir
mon ombre qui l'effleure.
Claude ROY (1915-1997)
Cette nuit sombre d'automne
La pluie ruisselle sur les carreaux
Ma vie s'enfuit
A pas comptés
Shan Sa (1973)
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10 octobre
Au passage des oies sauvages,
Mon coeur se brise:
Ce sont des amies d'autrefois.
LI Qinzhao (1084-1141)
Les étoiles filantes parlent d'amour et de regret
Pourtant si l'amour doit durer à jamais
Cela dépend-il d'être toujours ensemble,
Tous les matins et tous les soirs?
QIN Quan (Ts'in Kouan) (1049 -1100)
Qui sait les plaies et qui sait les tresors
qu'apporte une autre vie? Un printemps peut
jaillir en joie ou souffler vers la mort.
Philippe JACCOTTET (1925)
Most dreams are forgotten, try as one will to remember. Yet later music strikes the note, and the harmonic rings along the mandolin strings of the mind, and we find tears in our eyes. Some note keeps playing that makes one want to cry; but what for? I am not certain.
Ursula K. LE GUIN
Harp of wild and dreamlike strain,
When I touch thy strings,
Why dost thou repeat again
Long forgotten things?
Emily BRONTE (1818-1848)
La cloche de mon coeur chante à voix basse un espoir très ancien.
Cette musique Je sais bien Mais les paroles
Que disaient au juste les paroles
Imbécile
Louis ARAGON (1897-1982)
18 octobre (1984 - mort de Michaux)
Il est venu avec les pluies, mon camarade, celui qu'on dit que chacun a dans son dos.
Il est venu avec les pluies, triste, et il ne s'est pas encore séché.
J'ai pris quelques départs depuis. J'ai abordé quelques rivages nouveaux. Mais je n'ai pu le désattrister. Je me lasse à présent. Mes forces, mes dernières forces... Son vêtement mouillé - ou est-ce déjà le mien? - me fait tressaillir. Il va falloir rentrer.
Henri MICHAUX (1899-1984)
Ce toujours en moi quelque chose d’absent qui me tourmente
Dont Camille essayait de sculpter les échos : car savez-vous
Le poète est un voyeur d’effondrements alors qu’il se pense
Un ingénieur des rêves. (...) les cris
De la Jeune Fille de Schubert qui tordent les cordes brûlantes
Les voyageurs de l’horreur l’accompagnent elle est si gentille
Elle nous prend la main dans la bouche mais vous savez bien
Qu’un poème ne fait pas l’hirondelle il n’y a plus qu’elle pour
Croire : tu me révèleras tes secrets : je ne sais rien dit la Mort
Alain DUAULT
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20 octobre – la bruyère est en fleurs
J'ai cueilli ce brin de bruyère
Mets-le sur ton coeur pour longtemps
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t'attends
Guillaume APOLLINAIRE (1880 -1918)
21 octobre - naissance d'Ursula Le Guin
In that moment Ged understood the singing of the bird, and the language of the water falling in the basin of the fountain, and the shape of the clouds, and the beginning and end of the wind that stirred the leaves: it seemed to him that he himself was a word spoken by the sunlight.
Ursula K. LE GUIN (1929)
Poisson fossilisé
Muet depuis dix millions d'années
Muré dans sa gangue de pierre
Dans dix millions d'années
Il nagera encore dans la main
de qui le découvrira
Ai Qing (1910- )
Ardoise
Tu gardes en toi
le sceau des fougères et des prêles,
le calques des écorces, étant
paume ouverte du temps
mémoire des ruches de la vie
où bourdonne encore en nos doigts
l'enfance des reptilesJacques LACARRIERE
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24 octobre
Que fais-tu là Diplodocus
Avec tes os longs et têtus
A vouloir pousser dans le siècle
Le reproche de ton squelette?
Jules SUPERVIELLE
25 octobre - mort de Raymond Queneau
Si je parle du temps, c'est qu'il n'est pas encore,
Si je parle d'un lieu, c'est qu'il a disparu,
Si je parle d'un homme, il sera bientôt mort,
Si je parle du temps, c'est qu'il n'est déjà plus.
Raymond QUENEAU (1903 -1976)
27 octobre
Clair de lune, ô splendeur de ces nuits lumineuses!
Un grillon fait son cri dans mon mur du levant
La Grande Ourse indique au ciel l'approche de l'hiver
Que d'étoiles sans fin par tout l'espace éparses!
(auteur inconnu - période des Han, 206 BC-219 AD)
Dans leur cercueil de ferblanc
Plein d'huile au puant relent
marinent décapités
ces petits corps argentés
Sans voix, sans mains, sans genoux,
sardines, priez pour nous!...
Georges FOUREST (1867-1945)
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Il est cent façons de mourir
Pour vivre on est beaucoup plus sage
Il s'agit de savoir moisir
Entre l'espoir et le fromage
Georges PERROS (1923 -1978)
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2 novembre
L'heure est aux choses aimées
ce souffle de nouveau-né
- fleur fragile.
Marc BLANCHET (1968)
La mélodie qui repose en silence
au fond du coeur d'une mère
est fredonnée par les lèvres
de son enfant
Khalil GIBRAN (1883 -1931)
6 novembre – centre de gravité de l’automne
La surface d'un automne
est inversement proportionnelle à la hauteur de sa tristesse
et le périmètre d'un mois
est divisible par son rayon de lune.
Cela va de soi.
Venus KHOURY-GHATA (1935)
Dans la bourrasque, un arbre à la fin de l'automne
Devant son vin, un homme avancé dans la vie
Face avinée ressemble aux feuilles sous le givre
Leur rougeur, hélas! ne doit rien au printempsLIU Yeng (XIe siecle)
Temps passés trépassés Les dieux qui me formâtes
Je ne vis que passant ainsi que vous passâtes
Et détournant mes yeux de ce vide avenir
En moi-même je vois tout le passé grandir
Rien n'est mort que ce qui n'existe pas encore
Près du passé luisant demain est incolore
Il est informe aussi près de ce qui parfait
Présente tout ensemble et l'effort et l'effet
Guillaume APOLLINAIRE (1880 -1918)
O rompre les amarres
Partir partir
Je ne suis pas de ceux qui restent
La maison le jardin tant aimés
Ne sont jamais derrière mais devant
Dans la splendide brume
Inconnue
Anne PERRIER (1922)
Tant de lendemains salis
Tant d'oublis inutiles
Tant de destins saccagés
Véronique TADJO (1953)
L'immédiat: c'est à cela décidément que je m'en tiens, comme à la seule leçon qui ait réussi, dans ma vie, à résister au doute, car ce qui me fut ainsi donné tout de suite n'a pas cessé de me revenir plus tard, non pas comme une répétition superflue, mais comme une découverte chaque fois surprenante.
Philippe JACCOTTET (1925)
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15 novembre
Comment éteindre les lampes
Quand le jour
N'est plus si sur?Valérie ROUZEAU (vérifier)
There should be no despair for you
While nightly stars are burning;
While evening pours its silent dew,
And sunshine gilds the morning.There should be no despair--though tears
May flow down like a river:
Are not the best beloved of years
Around your heart for ever?They weep, you weep, it must be so;
Winds sigh as you are sighing,
And winter sheds its grief in snow
Where Autumn's leaves are lying:Yet, these revive, and from their fate
Your fate cannot be parted:
Then, journey on, if not elate,
Still, NEVER broken-hearted!
Emily BRONTË (1818-1848)
L'oie sauvage, esseulée, crie au loin dans les champs
Un oiseau qui s'envole a chanté dans le bois
Je vais, je viens sans fin... que puis-je attendre encore?
Mon coeur est tout meurtri du tourment qui le hante.
L'oie sauvage délaissée crie dans la lointaine campagne
S'envolant, les oiseaux chantent dans la forêt du nord
Errant, indécis... comment voir où aller?
Sentiment d'inquiétude... seul, le coeur blessé.
JUAN Ji (210-263) (deux traductions du même poème)
Cueille ce triste jour d'hiver sur la mer grise,
Et laisse-moi cacher mes yeux dans tes mains fraîches;
J'ai besoin de douceur et de paix, ô ma soeur.
Valéry LARBAUD
22 novembre 1922 - mort de Toshiko Miyazawa, à 24 ans. Son frère, Kenji, écrit:
Vraiment, faut-il que tu partes seule?
Que je vienne avec toi, demande-le moi
Je t'en prie en pleurant, demande-le moi...
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23 novembre
Les arbres sont des poêmes
que la terre dessine dans le ciel
Khalil GIBRAN (1883-1931)
Nous avons voyagé pour la douceur de l'air,
pour l'oubli de la mort, pour la Toison dorée
Malgré le chemin fait, nous restons à l'orée.
Philippe JACCOTTET (1925- )
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Cette parole qu’un peuple d’ombres se transmet d’une rive à l’autre du temps, il semble qu’une seule voix sans fin la porte et la profère.
Elle seule, dépositaire d’un monde de secrets, tire de notre absence une longue mémoire, dessine dans l’espace la figure de l’Homme et prête à nos hasards la forme d’un destin…
Mais peut-être, au-delà d’elle-même, si nous prêtons l’oreille avec plus de ferveur, pourrons-nous percevoir l’écho de ce qui n’a même plus de nom dans aucune langue.
Jean TARDIEU (1903-1995)
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Et toi mon coeur pourquoi bats-tu
comme un guetteur melancolique
j'observe la nuit et la mort
Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918)
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Je vis, je meurs; je me brûle et me noie;
J'ai chaud extrême en endurant froidure;
La vie m'est et trop molle et trop dure;
J'ai grands ennuis entremêlés de joie.
Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure;
Mon bien s'en va, et à jamais il dure;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.
Louise LABE (1525-1565)
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3 décembre
O vous mes nuits, ô noires attendues
O pays fiers, ô secrets obstinés
O longs regards, ô foudroyantes nues,
O vol permis outre les cieux fermésO grand désir, ô surprise épandue
O beau parcours de l'esprit enchanté
O pire mal, ô grâce descendue
O porte ouverte où nul n'avait passé
Je ne sais pas pourquoi je meurs et noie
Avant d'entrer à l'éternel séjour.
Je ne sais pas de qui je suis la proie.
Je ne sais pas de qui je suis l'amour.
Catherine POZZI (1882-1934)
Magnifique hommage aux sonnets de Louise Labé, le premier vers est un écho à "ô noires nuits vainement attendues" (bien d'autres échos secrets sont présents, cf 2 décembre...). Catherine Pozzi est morte le 3 décembre 1934, et née l'année ou Koch découvre la bacille de la tuberculose qui l'a emportée.
J'ai tendu des cordes de clocher à clocher;
des guirlandes de fenêtre à fenêtre;
des chaînes d'or d'étoile à étoile,
et je danse.Arthur RIMBAUD (1854 -1891)
Je n'ai d'argent qu'en mes cheveux
Charles CROS (1842 -1888)
Plus qu'aucune autre saison, j'aime en ces contrées l'hiver qui les dépouille et les purifie. Une saison pour les anges, à condition d'oublier les fades images à quoi les religions en vieillissant les rabaissent (petites créatures, roses, joufflues, ou fantômes sans nerf), et de les imaginer tels qu'ils peuvent seulement être, s'ils sont: puissances promptes est limpides, navettes aveuglantes éternellement occupées à tisser, au-delà de toute allégresse, l'étoffe de la lumière.
Philippe JACCOTTET (1925)
(retour)
7 décembre
Que me veut le temps?
J'ai d'autres séjours
Je suis tapi dans le granit
du refus total, c'est mon nid
Henri THOMAS (1912-1993)
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10 décembre
Parfois j'aime rester seul
Dans la nuit à côté d'un feu
Ecouter le bruit du vent qui siffle dehors
Et songer à ceux qui marchent au loin.
AI Qing (1910)
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11 décembre
J'aurai rêvé ma vie à l'instar des rivières
Vivant en même temps la source et l'océan
Sans pouvoir me fixer même un mince moment
Entre le mont, la plaine et les plages dernières.
Suis-je ici, suis-je là ? Mes rives coutumières
Changent de part et d'autre et me laissent errant.
Suis-je l'eau qui s'en va, le nageur descendant
Plein de trouble pour ce qu'il laissa derrière ?
Ou serais-je plutôt sans même le savoir
Celui qui dans la nuit n'a plus que la ressource
De chercher l'océan du côté de la source
Puisqu'est derrière lui le meilleur de l'espoir ?
Jules SUPERVIELLE (1884-1960)
Passez loin de l'horloge
elle mord, elle mord
Passez loin de l'horloge
y habite la mortRaymond QUENEAU (1903-1976)
(retour)
15 décembre
Jamais le sentier
qu'inscrit au sol
l'homme qui marche
n'est droit.D'instinct
sans qu'il en décide
il le trace ondulé
souple comme la pensée
les caresses.
Gabrielle MARQUET (1926)
(15 décembre 1928: naissance de Friedrich Stowasser, connu sous le nom de Hundertwasser, apôtre de la spirale et haïsseur de la ligne droite, qui a écrit "the path followed by someone who is going to visit a museum is more beautiful than all the lines he might
(retour)
17 décembre
Buvons et chantons!
La vie est si brève
Comme rosée le matin
Que de jours, hélas! ont fui!
CAO Cao (155-220)
Buvons joyeusement! chantons jusqu'à l'ivresse!
Nos mains ensanglantées aux tessons des bouteilles
demain ne pourront plus étreindre nos maîtresses.
Les verrous sont poussés au pays des merveilles.
Robert DESNOS (1900 -1945)
Humeur de printemps
le pinceau rêve
d'éclore en fleur
au point du jour.
Chu Da
(1626-1705)
=>
Jonquilles
Shitao (1642-1707)
extrait du superbe livre "Shitao" de F. Cheng
(éditions Phébus)
21 décembre – solstice d’hiver
Non, il est sans exemple qu'éclairée par un grand feu de bois l'obscurité tarde à s'en aller, ne s'en aille que nonchalamment et comme à contrecoeur. C'est sur des points pareils que l'esprit humain assoit sa sécurité et non sur la notion du bien ou du mal.
Henri MICHAUX (1899 -1984)
24 décembre (1982- mort d'Aragon)
Il y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin là sera l'aube première
Il y aura toujours l'eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n'est le passant
Louis ARAGON (1897 -1982)
(retour)
25 décembre (1855 - Gérard de Nerval pris de folie se pend)
Elle a passé la jeune fille
Vive et preste comme un oiseau:
A la main une fleur qui brille,
A la bouche un refrain nouveau.
C'est peut-être la seule au monde
Dont le coeur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D'un seul regard l'éclaircirait!
Mais non, - ma jeunesse est finie...
Adieu doux rayon qui m'a lui, -
Parfum, jeune fille, harmonie...
Le bonheur passait, - il a fui!
Gérard de Nerval (1808-1855)
La mer entend un bruit merveilleux
Les poissons qui se croisent
et ignore en être la cause.
feignent de ne pas se voir.
Puis se cherchent durant des siècles.
Jules SUPERVIELLE (1884-1960)
Gonfle-toi vers la nuit Ô mer Les yeux des squales
Jusqu'à l'aube ont guetté de loin avidement
Des cadavres de jours rongés par les étoiles
Parmi le bruit des flots et les derniers serments
Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918)
29 décembre - bientôt une page tournée...
Chaque vague en mourant vient tourner une page
Elle exprime en chantant que mon temps est compté
Et qu'il importe peu de vivre en fou en sage
Car c'est d'avoir aimé qui vaut d'avoir été
Yves LA PRAIRIE (1923)
(retour)
30 décembre (plus beaucoup de temps pour tenir ses promesses)
Car nous sommes responsables
Non de ce que nous avons fait
Mais des promesses non tenues.C'est par les rêves tenus
Que se fait notre alliance.
Je n'ai pas assez aimé.
Jean MALRIEU (1915 -1976)
Dans l'obscurité et la solitude de la nuit
rien n'est visible
seulement un bruissement -
le temps qui grignote la vie.
XU Yunuo (1893 -1958)
traduit de la traduction anglaise:
In the dark, lonely night
Nothing is visible
Only a rustling - the sound of time eating life